Crise du logement au Québec : Pourquoi les petits appartements abordables disparaissent au profit du luxe ?


Le portrait de Mauricio Herrera, relayé par le Journal de Montréal, est le reflet d'une réalité brutale qui frappe des milliers de ménages québécois. Avec un loyer de 1400 $ pour un modeste 3 ½, cet homme doit cumuler trois emplois pour simplement garder la tête hors de l'eau. Alors que le marché déborde de condos locatifs neufs et de grands logements inaccessibles, le « petit logement abordable » semble en voie d'extinction.

Le paradoxe du béton : Plus de constructions, moins d'accessibilité

Malgré les grues qui parsèment l'horizon de nos villes, la crise ne s'atténue pas pour les locataires à faible et moyen revenu. Le problème réside dans la nature même de ce qui est construit. Les promoteurs immobiliers, poussés par des exigences de rentabilité bancaire de plus en plus strictes, privilégient les unités haut de gamme. Pour un locataire comme Mauricio, chercher un 4 ½ pour accueillir dignement son fils relève du parcours du combattant : les prix sont prohibitifs ou les logements sont insalubres.

« Je suis obligé d’avoir trois jobs pour subvenir à mes besoins. [...] Un steak, tu peux même plus acheter ça aujourd’hui. » — Mauricio Herrera

La rentabilité contre le droit au logement

Les promoteurs, à l'image de Steve Forget, expliquent que construire de petites unités n'est pas proportionnellement moins cher. Entre la flambée du prix des matériaux et les normes de la Régie du bâtiment (RBQ), le coût de revient force des loyers qui dépassent souvent la capacité de payer de la classe travailleuse. Pourtant, pendant que des travailleurs essentiels s'épuisent, certains secteurs voient une surabondance de condos de luxe, obligeant les propriétaires à offrir des « mois gratuits » pour attirer une clientèle qui a les moyens.

Cette distorsion du marché montre les limites du modèle actuel. Comme le souligne Hicham Litefti, militant dans le domaine, le logement ne devrait pas être traité comme une simple marchandise spéculative, mais comme un droit fondamental qui nécessite une intervention étatique accrue pour réguler les dérives de la rentabilité à tout prix.

Connaître ses droits face à la pression du marché

Face à cette pénurie de logements abordables, de nombreux locataires craignent de perdre leur toit ou acceptent des conditions de vie précaires. Il est essentiel de se rappeler que le Tribunal administratif du logement (TAL) encadre les augmentations de loyer et protège contre les évictions injustifiées. De plus, pour toute question concernant les baux et les obligations légales, des ressources comme Éducaloi offrent des outils indispensables pour ne pas se laisser broyer par la machine immobilière.

Vers une crise sociale majeure ?

Les statistiques de la SCHL montrent une instabilité inquiétante des mises en chantier. Si les chiffres fluctuent, la réalité sur le terrain reste la même : le parc immobilier québécois ne répond plus aux besoins de sa population la plus vulnérable. Si le gouvernement et les municipalités ne priorisent pas le logement social et communautaire, des milliers d'autres citoyens se retrouveront dans la situation de Mauricio : travailler jour et nuit, sans jamais pouvoir offrir une chambre de plus à leur enfant.

Source : Article de David Descôteaux, Journal de Montréal, 28 février 2026.

Publier un commentaire

0 Commentaires