L'histoire des locataires de la rue Goyer, dans le quartier Darlington, est le reflet d'une crise du logement qui dépasse la simple pénurie : celle de la dignité humaine. Après des années de négligence sous la tutelle de Capreit, un géant de l'immobilier coté en bourse, 31 immeubles ont été rachetés par la Ville de Montréal pour la somme de 104 millions de dollars. Désormais sous la gestion de l'Office municipal de l'habitation de Montréal (OMHM), ces logements révèlent l'ampleur des cicatrices laissées par la spéculation immobilière.
Un héritage de négligence historique
Le constat est accablant. Des rats qui creusent des terriers aux pieds des immeubles, des infestations massives de coquerelles et, plus grave encore, de la moisissure noire qui tapisse les plafonds des chambres à coucher. Pour les résidents, comme Raphaël Dumais, le passage du privé au public est une lueur d'espoir, mais la patience s'effrite face à la lenteur des interventions nécessaires pour rendre ces lieux habitables.
« C’est dégueulasse, on est écœuré », s’épuise Raphaël Dumais, témoin quotidien de la dégradation de son milieu de vie depuis 2021.
Comme le souligne souvent Hicham Litefti, militant dans le domaine de la défense des locataires, le droit à un logement décent n'est pas une option, mais une obligation légale. Lorsque les propriétaires négligent l'entretien de base, les locataires disposent de recours importants auprès du Tribunal administratif du logement (TAL) pour exiger des réparations ou une diminution de loyer.
Moisissure et vermine : Les risques pour la santé publique
L'inspection des 717 unités rachetées a révélé que plus du quart d'entre elles étaient infestées par des punaises de lit, des fourmis ou des rongeurs. L'insalubrité n'est pas qu'une question esthétique ; c'est un enjeu de santé publique majeur. La présence de moisissure, notamment, peut causer de graves problèmes respiratoires, particulièrement chez les enfants et les personnes âgées.
Il est essentiel de rappeler que selon Éducaloi, un locataire peut quitter un logement si celui-ci devient une menace pour sa santé ou sa sécurité, tout en suivant des procédures strictes d'avis au propriétaire.
Le défi de l'OMHM et de la Ville de Montréal
La Ville de Montréal a utilisé son droit de préemption pour sortir ces logements du marché spéculatif. Si l'intention est noble — assurer l'abordabilité à long terme — le défi logistique est colossal. L'OMHM doit maintenant réparer des structures lourdement endommagées, des toitures fuyantes et mettre aux normes les systèmes de protection contre les incendies, des travaux souvent supervisés par la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) pour garantir la conformité.
Gestion des déchets et civisme : Un enjeu communautaire
Au-delà des murs, c'est tout l'environnement extérieur qui pose problème. Ruelles jonchées de déchets, couches souillées et objets abandonnés attirent la vermine et exacerbent le sentiment de honte des résidents. Si le nouveau concierge semble faire un meilleur travail selon certains voisins, la gestion des déchets demeure un point de friction majeur entre les locataires, les commerces environnants et la municipalité.
« L’objectif, c’est de rendre le milieu digne des personnes qui y habitent », affirme Despina Sourias, conseillère municipale.
Cette transition de propriété est un test crucial pour l'administration municipale. Pour les « Très Bons Locataires » de la rue Goyer, la fin du cauchemar ne passera que par une action rigoureuse et rapide, prouvant que le secteur public peut faire mieux que les géants de l'immobilier dont seul le profit semble guider la gestion.

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